L'?le de la Tortue

Le coin des zartistes => Scribouillard => Sujet démarré par: Barbapolo sur Juillet 19, 2007, 02:21:49



Titre: Flibuste
Posté par: Barbapolo sur Juillet 19, 2007, 02:21:49
Oyez bonnes gens, les mémoires fantastiques d’un poète sans deniers au pays des sans loi.

L’histoire débute, cela va de soi, d ’un « il était une fois ».

Aux confins des marées, loin, bien au delà des colonnes d ’Hercule, s’étend, immense et minuscule, le royaume de flibuste. C’est un lieu incongru, aux reliefs changeants, au gré des flots et des vents. Ici, tous les marins sont braves, bien que de peu de foi, et le royaume compte chaque jour cent nouveaux rois. Qu’un quelconque pendard fasse d ’une rapine cale pleine, le voilà aussitôt élu capitaine. Alors, édenté mais heureux, il pose une main couturée à la barre, et voile au vent, vers le ponant repart.

Mais tout n’est pas simple dans l’empire des forbans. Si chacun est maître des sept mers dans son château ambulant, une fois à terre, l’égalité sévit férocement. Point de maître à part Dieu ou Satan, les règles sont claires. Et quand survient un différend, le pirate étant par essence rétif au régime militaire, le conflit se règle sur le champ, et le sabre au clair.

Qu ’en est-il des corsaires, me direz-vous chers enfants ?

Le forban méprise ces chiens de guerre aux ordres de dirigeants, qui, là est la vraie misère, travaillent pour de l’argent. Le flibustier, lui, n’a pas cette peine. Il ne trucide que ce qui le gène, ne pille que riche marchands et beaux galions de rois et reines. Si l ’envie le prend de se faire honnête, soit, il quitte dignement ses congénères, et part en retraite déterrer son magot, et acheter une maisonnette, ou devenir gouverneur.

Mais le plus souvent il n’a que faire d’amasser. Ce qui lui plaît, c’est de dépenser, sans compter. D’ailleurs, pour cela il lui manquerait des doigts.

Non, le citoyen de flibuste est un épicurien, un joyeux sybarite entouré de tristes luthériens. Et si sa terre sent le soufre, c’est qu’il a regardé bien en face l’enfer promis aux âmes bien nées, et que sans regret il s’en est détourné. Vous qui tremblez au nom de pirates, de scélérats écumeurs des mers, n ’oubliez pas qui, du soir au levant, écume vos terres, pille à coup de dîme, enlève vos enfants pour les mener à la guerre. A côté d ’eux, même le pire des forbans est un bienheureux.

Vous voici convaincus, convertis, assurés, vous partez dans l’heure, mais voulez être guidés ?

Soit, voici sur la carte le chemin : suivez l’étoile du soir, et à bâbord jusqu’au matin. Mais n ’oubliez pas, pour y arriver il vous faudra la poudre de fée…

:)


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